« David Guetta / In Love With Myself | Page d'accueil | Les Templiers; cet ordre sacrifié aux multiples répercussions... »
20.07.2008
La révolution française et l'esclavage : la fin de l'intox ?
La révolution française et l'esclavage à Saint-Domingue
Avant 1789
La pensée des philosophes des Lumières (Helvétius, Voltaire, Bernardin de Saint Pierre) s'est d'abord apitoyée sur la condition des Noirs, sans mettre clairement en avant la revendication de la fin de l'esclavage. Dans L'Encyclopédie, les idées sont très variées sur le sujet, il existe même des auteurs clairement esclavagistes.
Parmi les abolitionnistes des années qui précédent la Révolution, on compte le philosophe Diderot, l'auteur utopiste Mercier, les politiciens Turgot et Necker, des scientifiques comme Lavoisier et Soufflot, des financiers comme le banquier Cottin. Ils dénoncent tous alors les négriers et les esclavagistes. Diderot se distingue par son radicalisme sur le sujet. Il prédit : « Plus impétueux que les torrents, [les esclaves] laisseront partout les traces ineffaçables de leur juste ressentiment. Espagnols, Portugais, Anglais, Français, Hollandais, tous leurs tyrans deviendront la proie du fer et de la flamme. Les champs américains s'enivreront avec transport d'un sang qu'ils attendaient depuis si longtemps, et les ossements de tant d'infortunés, entassés depuis trois siècles, tressailliront de joie. » Manière lyrique de dire que les esclaves se libéreront par eux-mêmes et en utilisant la violence.
Plus modérés sont les physiocrates, dans les années 1760-1770, qui trouvent que l'esclavage est un système économique peu efficace, et qui préfèrent le salariat, et les membres de la Société des Amis des Noirs, fondée en 1788, qui recrute dans la haute société (avec des nobles comme La Fayette, des fermiers généraux, des sous-secrétaires au Trésor, des possesseurs de domaines à Saint-Domingue...) et qui n'a rien d'un club révolutionnaire.
Au sein de la bourgeoisie, les idées sont assez diverses mais il est difficile d'être à la fois commerçant ou banquier et contre l'esclavage dans la mesure où 1/6ème du revenu national de la France provient de l'esclavage. La grande partie de la bourgeoisie est en faveur de l'esclavage, en particulier ceux de ses membres qui commercent avec les colonies, à savoir les bourgeois des grands ports français, comme Bordeaux, Nantes ou Le Havre. Il y a des bourgeois pourtant qui sont hostiles à la traite des Noirs et certains imaginent même d'abolir l'esclavage et de le remplacer par le commerce avec l'Afrique. Leur générosité a ses limites : ils ont préalablement prouvé qu'ils ne devaient pas perdre d'argent dans l'opération ! En outre, complète Necker, il faudrait que cette abolition se fasse dans tous les pays à la fois, pour ne pas déséquilibrer la concurrence internationale.
En fait, beaucoup de bourgeois sont favorables à l'arrêt de la traite des Noirs mais veulent maintenir la possession des esclaves déjà acquis dans les colonies. Beaucoup d'hommes « de progrès » n'imaginent pas que l'économie de la France puisse se passer des exportations de ses biens préalablement importés des colonies. Le mode de production esclavagiste leur paraît être à la base même de l'économie du pays. Mirabeau, membre de la Société des Amis des Noirs, démontre au contraire que ces réexportations empêchent le développement du pays : il faut développer, explique-t-il, le marché intérieur, l'agriculture et l'industrie de la métropole. Il considère que le poids des colonies est marginal et que la question de l'esclavage ne doit être traitée que du seul point de vue de la morale universelle. Mirabeau montre dans ce débat beaucoup de pugnacité et d'intelligence politique. « Je ne dégraderai ni cette assemblée ni moi-même en cherchant à prouver que les nègres ont droit à la liberté. Vous avez décidé cette question puisque vous avez déclaré que tous les hommes naissent et demeurent égaux et libres ; et ce n'est pas de ce côté de l'Atlantique que des sophistes corrompus oseraient soutenir que les nègres ne sont pas hommes. »
Vient la révolution...
Pendant les premiers mois de la révolution, les députés parisiens ne sont pas pressés de trancher sur la question. En mars 1790, un décret de la Constituante protège les propriétaires d'esclaves en ces termes : « L'Assemblée nationale (...) met les colons et leurs propriétés sous la sauvegarde de la nation, déclare criminel envers la nation quiconque travaillerait à exciter des soulèvements contre eux. ». En fait, les révolutionnaires de la métropole entendent bien aller dans le sens des colons. Ces derniers, en effet, sont très déterminés à abattre le pouvoir royal, et ce au nom de l'esclavagisme : par son Code noir et ses pouvoirs indéfinis, le pouvoir royal impose son « despotisme ministériel » et réduit la liberté de la classe esclavagiste.
Mais les événements vont s'accélérer. Dans la partie française de Saint-Domingue et en Martinique, en avril 1790, les hommes de couleur affranchis, ceux qu'on appelle « les Libres » ou les mulâtres, manifestent pour exiger des droits égaux aux autres hommes libres. Ils sont massacrés par les planteurs.
À Paris, le journal très influent dans l'extrême gauche Les Révolutions de Paris est quasiment le seul à prendre de plus en plus fait et cause pour la fin de l'esclavage et l'égalité des droits entre les peuples. Sous la plume de Sonthonax, dans le numéro 60 du 25 septembre 1790, on lit : « Oui, nous osons le prédire avec confiance, un temps viendra, et le jour n'est pas loin où l'on verra un Africain à tête crépue, et sans autre recommandation que son bon sens et ses vertus, venir participer à la législation dans le sein de nos assemblées nationales. » Dans le numéro 66 du 16 octobre, Sonthonax écrit : « Jamais les nègres ne seront libres. Que disons-nous ? Ils le seront malgré leurs tyrans, malgré l'Assemblée nationale elle-même, mais leur liberté coûtera du sang, et leurs barbares oppresseurs seront cruellement punis d'avoir repoussé le cri de la nature et de l'humanité. » Parmi les principaux rédacteurs de ce journal abolitionniste, notons Prudhomme, Chaumette et Sylvain Maréchal, le futur auteur du Manifeste des Égaux.
À Saint-Domingue, qui regroupe la majorité des esclaves français, dans la nuit du 28 au 29 octobre 1790, trois cent cinquante mulâtres conduits par Vincent Ogé, revenant de délégation à l'Assemblée nationale, entrent en rébellion. Après intervention de l'armée et de la garde nationale, les meneurs sont arrêtés et suppliciés. Leurs amis blancs sont bannis de la colonie. Sonthonax, dans le numéro 77 des Révolutions de Paris daté du 1er janvier 1791 salue Ogé comme un nouveau Spartacus. Le 5 janvier, Vincent Ogé est livré par les Espagnols auprès de qui il s'était réfugié, puis il est condamné et supplicié le 25 février 1791.
L'affaire provoque de grands débats à Paris. Sonthonax est le plus radical lorsqu'il revendique les mêmes droits pour les mulâtres et les esclaves. Parmi les députés favorables à la cause des mulâtres, et même la cause des esclaves, il y a aussi Brissot, favorable à l'indépendance des colonies, mais aussi favorable aux colons. Brissot en effet ne prend pas la question de l'esclavage de la même manière que Sonthonax comme en témoigne sa lettre à Barnave, défenseur de l'esclavage, de fin 1790 dans laquelle il explique pourquoi il exige l'égalité des mulâtres et des Blancs : « parce que eux seuls [les mulâtres] peuvent être les principaux régénérateurs des Noirs esclaves et, en attendant la régénération, servir d'intermédiaires de paix entre eux et les Blancs ». Telle est la pensée de la Société des Amis des Noirs. On pourra peut-être la trouver timorée, mais à l'époque un militant considéré radical comme Camille Desmoulins montre beaucoup moins d'intérêt à la discussion qui se mène à propos de l'avenir des Noirs et des mulâtres. C'est timidement que Marat milite pour « préparer par degré le passage de la servitude à la liberté ».
Les Amis des Noirs, et leur porte-parole reconnu, Brissot, tentent d'obtenir la fin de la traite, mais ils n'envisagent pas de se battre pour arracher la fin de l'esclavage. Cela voudrait dire concrètement faire la guerre aux grands bourgeois des ports, alors que Brissot et ses amis sont pleinement dans le camp de ces grands commerçants et bourgeois, ceux-là même qui financeront la guerre contre les forces coalisées.
Le 15 mai 1791, l'Assemblée accorde finalement le droit de vote aux mulâtres. Aucune décision n'est prise au sujet des esclaves et le 1er juin, les députés parisiens préfèrent charger les assemblées coloniales de délibérer sur « l'état politique des personnes non libres. » C'est un cadeau aux élus des assemblées coloniales, tous colons et planteurs : du coup la traite des esclaves et l'esclavage restent inscrits dans la loi.
17:47 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, contre-propagande

















Ecrire un commentaire