15.08.2007
LES DEBUTS D'1 GENTILHOMME "SANS AVENIR" : (1)

(...) Nos flottes étaient devenues la fierté de la France, elles constituaient, grâce à Louis XV et plus encore à Louis XVI, pathétique navigateur de l’immobile, l’armée de la revanche. François-Athanase de Charrette entra comme aspirant garde de la marine à l’école de Brest, devint garde, puis garde du pavillon. (...)
C’est à cette époque, semble-t-il, que François-Athanase connut, jeune camarade valétudinaire & de 3 ans son cadet, cet Emmanuel de Las Cases, « Vrai comte & faux chevalier de la légion d"honneur, & qui toutefois trottait comme 1 caniche derrière l"Empereur. Les propos de l"auteur de « Mémorial » ont parfois subi des déformations mais en l"occurrence ils rendent ici 1 son vrai :
« L"Empereur a travaillé avec l"un de nous, ce qui nous a fort réjouis, en nous prouvant qu"il se trouvait mieux. Il m"a fait demander avant dîner . Le travail semblait l"avoir ranimé, il était fort causant et nous marchions dans son appartement. La Vendée, ses troubles, les chefs qu"elle avait montrés, ont été un des sujets remarquables de sa conversation. Charrette était le seul dont il fit un cas tout particulier :
- J’ai lu une histoire de la vendée, disait-il, si les détails & les portraits divers sont exacts, Charrette est le seul véritable héros de cet épisode marquant & étouffé de notre révolution : Lequel, s’il présente de grands malheurs, n’immole pas notre gloire... On s’y égorge ; mais l(on ne s’y dégrade point : on y reçoit des secours de l’étranger ; mais on a pas la honte d’être sous sa bannière && d’en recevoir 1 salaire journalier... Oui, a-t-il continué, Charrette me donne l’impression d’1 caractère, je lui vois faire des choses d’une énergie & d’une audace peu communes ; Il laisse finalement percer du génie ; Face à ces...
Las Cases reprend :

« Je lui disais avoir connu Charrette dans mon adolescence ; nous avions été de la marine ensemble à Brest ; nous y avions partagé la même chambre, mangé à la même table, et il avait fort surpris par ses « exploits » et sa future carrière tous ceux qui avions été liés d"une manière ou d"une autre avec lui. Toutefois, nous avions tous jugé Charrette assez commun, de peu d"instruction, volontiers atrabilaire et surtout extrêmement indolent. Pas un de nous qui ne l"eût condamné à demeurer dans la foule des insignifiants quelque peu favorisés par les circonstances... «
Et puis, en 1784, Charrette servait sans joie sur la gabare « La Loire », retrouva sa belle humeur en passant sur « La Cléopâtre », & enfin une légitime fierté lorsqu’il reçut son premier commandement, celui de caboteur sur « Le Dauphin ». Il se préférait bien entendu petit chef que grand second...
Un jour que le feu s’était déclaré sur la frégate légère et tandis que l’équipage s’affolait, le chevalier s’écria :
- « Que pouvez-vous craindre ? ; Ne sommes-nous pas entourés d"eau ? »
(...)
Hors du pain dont on manquait parfois, il nourrissait fort bien son monde, faisait tenir garnison aux quelques 800 hommes de son armée permanente & surtout accueillait dans sa « principauté » les nobles, les bourgeois & les gens du peuple – artisans ou paysans – contraints de fuir devant la colère grandissante des autorités républicaines. Très tôt, on avait parlé...
Les ragots, toujours présents : « On ne vit jamais 1 tel homme ; il changeait de femme toutes les nuits. » On s’amusait assez honnêtement : La résidence du marin, qu’on commençait d’appeler « le général », était tenue par sa sœur Marie-Anne, Mme de Charrette ayant jugé plus opportun de demeurer dans son logis nantais. Le chevalier dansait, paraît-il, des nuits entières, entraînant dans la ronde deux dames de La Rouchefoucauld, ainsi que Mmes Bulkeley, Govis du Fief, de Couêtus, Marie Lourdais (...) . Le jour, lorsqu’elles ne se transformaient point en amazones, ces aimables créatures brodaient sans trêve des uniformes, des scapulaires, de fines chemises & d’amples panaches pour leur idole(s). Avec son dolman couleur chair & ses pantalons à la hussarde, il tenait à la fois du grand seigneur & du marchand d’oviétan ; Ce qui, selon toute vraisemblance, déplaisait bien sûr fortement à ses égaux et/ou conccurents, & ravissant ainsi ses subordonnées.

(...)
& bien que ne roulant pas sur l’or, fidèle ainsi & par-là même à la devise de sa famille : « Jusqu"au bout « . ( Quant à l"écusson, plutôt simple ; il consistait en 1 lion noir, tirant une langue rouge et sortant des griffes non moins voyantes, le tout surmontant 3 merles plutôt sombres au bec également vermillon)
(...) Le chevalier, fort de l’appui de Lescure et de D’Elbée, avait déplu par ses « gasconnades ». Le prince de Talmont, que sa connaissance des premières chouanneries prédisposait pourtant à juger avec indulgence les bandes du bas poitou, avait voulu les stimuler :

( D'Elbée. )
- « Soldats de l"armée de Charrette ( c"était déjà gentil de parler d"armée !), j"espère que vous allez vous battre comme il faut. Si vous ne vous battez pas bien, regardez les soldats de l"armée d"Anjou qui vont vous faire la barbe ! »
Furieux & pressé de défendre ses gens, le « chevalier sans billet du Roi », répondit bien sûr :
- « Je ne doute pas de la valeur de l’armée d’Anjou, mais je suis absolument certain que les miens ne reculeront pas devant le feu ! »
Ainsi, possédant certes tous les défauts en masse mais point le cynisme & la mesquinerie de ses pairs, Charrette ayant attaqué trop tôt cependant que trahi par les siens, ( jugeant le plan absurde & se défiant des maraîchins...)
Xavier Watremez
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13:15 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, Politique, littérature, révolution française, Bonaparte
















